Le « petit » massacre de Hama

Avec la prise du pouvoir par Hafez el Assad, l’opposition traditionnelle de Hama à l’égard des régimes laïcs de Damas n’a fait que croître. Les habitants de la ville qui sont les proches voisins de la région des alaouites supportent mal ce qu’ils considèrent comme la confessionnalisation progressive du régime par les alaouites. A la vieille antipathie entre les paysans montagnards et les riches citadins s’ajoute donc la méfiance des sunnites traditionalistes vis-à-vis de la secte alaouite que certains n’hésitent pas à qualifier schismatique. Dès 1973, le projet constitutionnel laïc soulève la réprobation de la communauté sunnite et Hama est l’un des secteurs où la contestation est la plus vive. Quand le gouvernement de Damas accusera Hama d’être  « le centre de l’opposition extrémiste », les habitants répondront que leur opposition est née d’une longue suite de provocations. De fait la mise en place d’une administration acquise au régime et choisie parmi les fonctionnaires alaouites suscite une véritable indignation. Dans son numéro du 26 juin 1981, le quotidien Herald Tribune note : « les responsables de l’opposition au régime Assad protestent contre la concentration des postes gouvernementaux et militaires entre les mains de coreligionnaire du président Hafez el Assad alors que la communauté alaouite est très minoritaire. » L’auteur de l’article ajoute qu’il semble que  « la ville de Hama ait spécialement été choisie pour être mise au pas ».

En réalité, le gouvernement syrien qui doit faire face a une agitation multiforme tente de circonscrire l’opposition aux frères musulmans et aux intégristes de façon à sauvegarder son image « progressiste ». Hama est le bouc émissaire rêvé. De 1979 à 1982, s’est développé le cycle habituel de la provocation à la révolte et de la révolte à la répression. Les attentats extrémistes de 1979, notamment celui qui est commis contre les cadets militaires d’Alep incitent le régime à frapper de plus en plus fort. Le 27 juin 1979, quinze jeunes opposants de Hama sont exécutés ; en août, un important chef religieux, le cheikh Mohamed Chakfié, est liquidé ; à la fin de la même année le préfet de la ville lance un singulier avertissement :

« Si les troubles continuent, je mettrai cette vile à genoux. Je démolirai les lieux du culte qui sont des centres d’agitation et les maisons des opposants. Je liquiderai dix mille personnes s’il le faut. »

Une telle déclaration de la part de la principale autorité de la région n’est pas de nature à renforcer la confiance entre le pouvoir central et les habitants. Cependant elle aurait dû inciter ces derniers à plus de prudence. Au contraire, le 23 décembre 1979, c’est la grève générale et le pouvoir répond en renforçant les patrouilles, en établissant le couvre-feu et en donnant des perquisitions incessantes. Le 1er mars 1980, une manifestation est réprimée par la force, une vingtaine des cadavres jonchent les rues du grand souk. Le 5, les brigades de défense de Rifaat Assad et les Forces spéciales d’Ali Haïdar encerclent la ville, investissent les maisons et arrêtent des centaines de personnes. Durant plusieurs jours les opérations de police continuent et des escarmouches opposent les opposants aux milices du régime. Les troubles durent pendant toute l’année 1980. Chaque manifestant de la part des habitants est violemment réprimée et donne lieu à de vastes ratissages, à des arrestations et à des violences qui exaspèrent la population.

La semaine du 22 au 24 avril 1981 est particulièrement troublée. Les brigades de défense de Rifaat Assad et les Forces spéciales encerclent la ville et la soumettent à un pilonnage d’artillerie qui fait des dizaines de victimes. Selon le quotidien Herald Tribune daté  du 26 juin 1981 :  « Il a été procédé à des arrestations, les arrêtées ont été alignées contre un mur et abattues à la mitrailleuse…» Les rapports divergent quant à l’évaluation de nombre des victimes mais, selon les plus dignes de foi, ce nombre est estimé à 150 morts au moins et sûrement plusieurs centaines. » C’est le premier massacre de Hama que les syriens appellent « le petit massacre » en comparaison au grand massacre de février 1982.

Extrait de l’ouvrage « Les mysteres syriens », Charles Saint-Prot aux éditions Albin Michel, 1984.

Voir également :
L’arrivée de Hafez Al-Assad au pouvoir
Le massacre de la prison du désert
Le grand massacre de Hama

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