Le massacre de la prison de Palmyre

La prison de Palmyre est une vieille caserne construite par la légion étrangère à quelques kilomètres de la ville merveilleuse  dont la reine Zénobie avait fait sa capitale et que les touristes viennent admirer. A deux cents kilomètres de Damas, dans le confort de l’hôtel Méridien, près de ces ruines magnifiques qu’il faut contempler au lever du soleil, qui se doute que tout près, il y a eut un véritable carnage ? Une partie de la prison de Palmyre est réservée aux prisonniers politiques, principalement des militants religieux. Selon des témoins, ces prisonniers ne sortent pratiquement jamais et sont relégués derrière dix portes qui les séparent du monde extérieur. C’est ici que le régime a décidé de donner un exemple en procédant à un massacre. Nous avons une idée précise du déroulement de ce massacre grâce à une note adressée lors de la 37e session (mars  1981) de la commission des droits de l’homme à Genève par la Mission permanente du royaume de Jordanie. Cette note présente «  une protestation contre le massacre qui a eu lieu à la prison de Palmyre en Syrie, le 27 juin 1980, au cours duquel plus de cinq cents prisonniers ont été tués ». La note s’appuie sur un important document annexe qui est la déposition complète de deux participants au massacre, arrêtés en Jordanie alors qu’ils s’apprêtaient à assassiner le Premier ministre jordanien que le régime de Damas accuse d’aider les frères musulmans. Ces deux  terroristes ont avoué qu’ils appartenaient aux « Brigades de défense », de M. Rifaat Assad et qu’ils ont participé, à ce titre, au massacre de Palmyre.

Ils relèvent qu’à l’aube de 27 juin, ils faisaient partie de la 40e brigade des Brigades de défense. Ils ont été réunis, à trois heures du matin, en présence de leur chef, le général Mou’ine Nassif, qui leur a déclaré que les frères musulmans avaient tenté d’assassiner le président et qu’en représailles, ils allaient liquider « un centre des Frères musulmans », la prison de Palmyre. La 40e brigade a aussitôt rejoint la prison de Palmyre commandé par Ali Dib, un Alaouite de Lattaquié, et la totalité des hommes est montée à bord d’hélicoptères qui se sont dirigés vers la prison qu’ils ont atteinte à sept heures du matin. Répartis par petits groupes, ils ont ouverts les portes des dortoirs et commencé à tirer. D’autres prisonniers, qui avaient été parqués dans la cour de la caserne sous prétexte d’être libérés, ont été abattus du haut d’hélicoptères. Selon les deux participants, des bombes ont également été lancées sur les malheureux sans défense qui criaient «  Allah est grand » et qui imploraient la miséricorde de leurs agresseurs. Une heure après, les brigades de défense regagnaient leurs hélicoptères, laissant plus de 400 tués sur le terrain. Chaque participant aurait reçu une somme d’argent en récompense. En septembre 1980, Amnesty International a demandé, sans succès, au président Assad de former un comité d’enquête.

Ce massacre est suivi de nombreux accrochages dans toutes les villes du pays, notamment à Alep et même à Damas, sur la place des Abassides en août 1980. Le maître de la répression est toujours M. RIfaat Assad qui écrit dans le journal Tichrine, en date de 31 juillet 1980 : « Nous déclencherons cent guerres contre les Frères musulmans jusqu’à leur extermination. Nous connaissons bien les lieux où ils se cachent, en Syrie ou à l’étranger, nous les traqueront partout. » Il est vrai que depuis le 7 juillet, il est devenu « légal » de tuer un frère musulman car le Parlement a voté à l’unanimité une loi instituant la peine de mort automatique pour les membres de la confrérie. Le 29 août, le journal Tichrine peut écrire que « tout citoyen syrien qui tuera un membre des frères musulmans sera récompensé » ! Il est bien entendu que cette incitation ne se limite pas eux seuls frères mais qu’elle vise tous les opposants. Cette répression s’étend à l’étranger, au Liban, en Jordanie, dans les Emirats arabes unis, à Koweït et même en Allemagne fédérale où l’épouse de M. Issam-al-Attar, la fille de cheikh Tantaoui, est également victime d’un attentat.

Les villes où les frères musulmans sont les plus actifs sont particulièrement touchées. Alep, Homs et surtout Hama qui va devenir la cité martyre.

Extrait de l’ouvrage « Les mysteres syriens », Charles Saint-Prot aux éditions Albin Michel, 1984.

Voir également :
L’arrivée de Hafez Al-Assad au pouvoir
Le « petit » massacre de Hama
Le grand massacre de Hama

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3 commentaires pour Le massacre de la prison de Palmyre

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  3. shameonassad dit :

    Bonjour Syrieux,

    Il semblerait (au conditionnel bien sûr) qu’il y ait une grand risque que cela se reproduise incessamment à la prison centrale de de Homs.J’ai su ça ce matin.Ma copine a un de ses amis emprisonné là-bas et selon toute probabilité les prisonniers aurait le contrôle de l’intérieur de la prison suite à des défections des gardiens.L’armée encerclerait la prison d’ou gros risque de massacre en perspective.Avez-vous quelques infos là-dessus?Je vous remercie,je sais qu’ils e ont parlé sur Al arabiya ce matin mais je ne trouve pas d’info ailleurs.

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