Le profil du régime des Assad

Voici la première vidéo d’une série de six vidéos qui traitent de six aspects différents de la crise qui touche actuellement la Syrie. Elles ne prétendent pas, à cause du format vidéo, à une quelconque exhaustivité mais sont plutôt à voir comme une invitation à approfondir les thèmes des vidéos, dont il sera question dans une série d’articles sur le site syrianfacts.
La première vidéo traite du profil du régime syrien. En effet, beaucoup ignorent tout de la nature de ce régime qui dirige la Syrie depuis plus de 40 ans. D’autres n’imaginent pas à quel point ce régime est cruel et puissant.

Un régime clanique, dont le cœur est alaouite.

Il est d’usage de dire que le régime syrien est alaouite. Ceci n’est pas totalement faux, mais il convient d’apporter des explications afin de clarifier une formulation peu précise :
Le régime syrien est un régime dont la tête est le clan Assad, dont le cœur est alaouite, et où le reste du régime est plus dilué, bien qu’à majorité alaouite.

L’histoire de la Syrie baathiste débute le 8 mars 1963, date de la révolution du parti Baath, conduite par le Comité Militaire et dont les membres les plus importants sont Mohamed Omran, Salah Jedid et Hafez Al-Assad, tous alaouites. La Syrie est alors dirigée par le Commandement National du Conseil de la Révolution.
Lorsque Hafez Al-Assad prend le pouvoir par un coup d’état, en 1970, il ne prétend pas faire la révolution mais s’inscrit au contraire dans le cadre de la révolution de 1963 dont il dit vouloir accomplir les objectifs, raison pour laquelle Hafez parle de « mouvement rectificatif ». Hafez continuera les purges initiées à l’ère Jedid pour ne s’entourer que d’hommes loyaux. Alors que Jedid a éliminé toute concurrence sunnite, druze ou ismaélienne, Hafez neutralise ses concurrents alaouites, dont Jedid ou Omran, ce dernier étant assassiné au Liban en mars 1972.

De fait, tous les postes clés, les postes qui comptent, sont dirigés par des alaouites proches de Hafez Al-Assad. D’une Syrie baathiste, on passe à une Syrie assadienne : on peut d’ailleurs entendre dans les manifestations des pro-Assad des slogans vantant la « Syrie des Assad ». Les Assad se sont appropriés la Syrie comme d’autres l’Arabie en l’appelant Arabie Saoudite.
La dictature de Hafez se structure alors autour de l’armée, de réseaux de cooptation, du parti Baath qui, vidé de sa fonction officielle, ne sert que de porte voix au discours officiel et de la mise en place du Ministère de l’Information qui se charge de la propagande d’Etat, en particulier afin de discréditer les adversaires de Hafez Al-Assad : ils sont systématiquement accusés d’être des ennemis de la révolution, de la nation arabe, des alliés des sionistes, etc… En bon dictateur, Hafez Al-Assad se confond avec l’Etat et toute critique envers sa personne est vue comme une trahison à la Syrie.

Le règne des moukhabarat

A cela, il faut ajouter les toutes puissantes moukhabarat qui ont pour mission le contrôle de l’ensemble de la société syrienne. Douze branches qui surveillent les moindres faits et gestes des syriens… et qui se surveillent entre elles ! Il n’est pas rare que les différentes branches interfèrent entre elles. Ainsi, il est possible d’avoir à demander une autorisation pour ouvrir un commerce aux moukhabarat de l’Armée de l’Air…

Un point méconnu : les moukhabarat œuvrent également à l’étranger. Les ambassades sont utilisées pour espionner les syriens expatriés. C’est ce qui explique que le mur de la peur, ce fameux mur tombé avec le début des révoltes en Syrie, touche l’ensemble des syriens. Hafez Al-Assad a pu affirmer qu’il se débarrassera physiquement de tous ses opposants, en Syrie et à l’étranger. Effectivement, dans les années 1980, des assassinats ciblés touchent des syriens expatriés, en particulier des membres de la confrérie des  Frères Musulmans. La vidéo cite le cas de Issam Al-Attar; celui ci s’est réfugié en Allemagne et se savait recherché par les moukhabarat. Sa femme avait reçu la consigne de n’ouvrir à personne hormis leur voisins allemands. Les moukhabarat ont donc pointé une arme sur les voisins pour les forcer à frapper à la porte de Issam Al-Attar. Ce dernier étant absent, c’est sa femme qui a ouvert et qui a été exécuté, le 17/03/1980 (Issam Al-Attar est toujours vivant).

Récemment, Damas a envoyé des voyous, avec des passeports diplomatiques, pour insulter et frapper les manifestants anti-régime à Paris !(lien) De nombreux autres cas ont été signalés.(lien)

Sans foi. Ni loi.

Le régime des Assad est, pour finir, un régime sans foi ni loi. La différence entre la Constitution et la réalité de ce que vivent les syriens est énorme. Par ailleurs, les membres du régime ne connaissent pas non plus de morale capable de les freiner dans leur folie.

Le récit de Moustapha Khalifé dans son livre « La Coquille » est intéressant car il  permet de voir tous ce qui définit le régime syrien.
Parce qu’il a critiqué la personne du président Hafez, à Paris, devant une connaissance syrienne qui s’avère être un indic, il est accusé, sans aucun jugement, d’être des frères musulmans…bien qu’il soit chrétien. Cela lui vaudra des années de prison, un calvaire où les traitements absolument inhumains, les insultes à la religion, et autres caractéristiques du régime des Assad apparaissent clairement.

« La Coquille » ne se lit pas d’un trait, mais force le lecteur à prendre des pauses, comme pour reprendre son souffle,   pauses pendant lesquelles il se pose toujours la même question : Pourquoi ? Et surtout : comment est-ce possible ?

Un régime de psychopathes

Bien que, comme nous l’avons mentionné, la dictature des Assad ne s’appuie pas exclusivement sur la répression, le recours à cette dernière reste le moyen principal  qui permet au régime de gouverner. La violence et la répression sont érigées en politique d’état : le criminel de guerre nazi Alois Brunner enseigne dans les prisons de Hafez Al-Assad des techniques « élaborées » de torture. Cette politique a naturellement favorisé et produit de véritables monstres qu’il est difficile de rattacher à la race humaine. Il est possible de diagnostiquer la psychopathie, au sens clinique du terme,  pour les membres du régime assadien, à tous les niveaux :

- Pas d’empathie : Les actes de cruauté qu’ils sont capables de commettre s’expliquent par un manque total d’empathie. Tous les témoignages de syriens torturés, montrent cet aspect cruel. Si le livre « La Coquille » revient sans cesse comme conseil de lecture, c’est parce qu’il est un des rares livres en français. Mais les témoignages et les récits sont nombreux :
« De l’Enfer à Harvard » de Bara Sarraj
« Trahisons du silence » du poète communiste Faraj Bayrakdar (lire à ce propos)
« Seulement cinq minutes… : neuf ans dans les prisons syrienne» de Heba Dabbagh (disponible en anglais)
La liste est longue, bien trop longue…

Il est également possible de consulter les rapports d’Amnesty International. Quoi qu’il en soit,  les images de la répression qui nous parviennent se suffisent à elles même : des blessés par balles qu’on frappe à coups de bâtons, des handicapés mentaux torturés, ou les enfants torturés de Deera sur ordre du cousin de Bachar Al-Assad : Atef Najib. Aucun de ces actes ne s’accompagne de remords, Atef Najib est toujours libre, et Bachar Al-Assad lui a promis de lui redonner un poste de responsabilités une fois les troubles finis.

-  Mensonge naturel : Le mensonge est pour eux un acte naturel, tellement naturel que rien ne vient trahir, dans le comportement de l’individu, son mensonge. Même devant l’évidence des faits, l’individu peut les nier sans sourciller. Comment expliquer autrement le déni de réalité de l’ensemble du régime syrien ?

-  Violence et impulsivité : Les membres du régime sont impulsifs et ont recours à la violence, quel qu’en soient les conséquences,  qu’ils n’ignorent pas pourtant. Quasiment tous les débats télévisés impliquant des membres du régime s’achèvent par des menaces, des insultes ou des petites bagarres !

Même au plus haut niveau de l’Etat syrien : Maher Al-Assad a ainsi tiré à bout portant sur son beau frère, Asef Chawkat lors d’une dispute en 1999 !

Respect de la hiérarchie : La hiérarchie est respectée par les voyous composant le régime, tant qu’ils en font partie ! Partout dans la chaîne de commandement, l’officier acceptera les insultes et menaces de son supérieur tant qu’il pourra user des mêmes méthodes sur qui se trouve en dessous de lui dans la hiérarchie.  C’est ainsi qu’il faut comprendre les « Il n’y a de dieu que Bachar Al-Assad» : C’est grâce à ce système des Assad que les voyous du régime peuvent exercer leur méfaits ; pour eux, celui qui est à la tête de l’état de la barbarie est effectivement un dieu.

Un profil pour mieux comprendre

 Le profil du régime tel que présenté servira au lecteur pour mieux comprendre ce qui se passe en Syrie et pour mieux contextualiser les informations sur le régime. Ainsi, il est connu que la Syrie était un pays extrêmement calme avant mars 2011. Ce qui est à première vue un point à mettre à l’actif du régime doit être relativisé : d’une part, ceci est la conséquence de l’absence total de liberté, notamment l’interdiction de se réunir. D’autre part, la sécurité proposée est celle des mafias : le régime vous propose de vous protéger de ses propres méfaits. Osez vous rebeller, et c’est celui là même qui prétendait assurer votre sécurité, celui qui est censé vous protéger, c’est celui là qui vous mettra en insécurité. Les événements en Syrie le prouve largement depuis un an. Un peu comme dans les films de mafia, où les voyous cassent tout dans la boutique de l’honnête commerçant qui n’a pas voulu souscrire au « service de sécurité » des mafieux.

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7 réponses à Le profil du régime des Assad

  1. édifiant!: « …il est accusé, sans aucun jugement, d’être des frères musulmans…bien qu’il soit chrétien…  »
    Autre signe: « Même au plus haut niveau de l’Etat syrien : Maher Al-Assad a ainsi tiré à bout portant sur son beau frère, Asef Chawkat lors d’une dispute en 1999 ! »
    Alors qu’Asef Chawkat et Maher Al-Assad sont considéré actuellement comme étant parmi les officiers les plus fidèle d’Al-Assad: d’après Ignace Leverrier via All4Syria=> http://contresubversion.wordpress.com/2012/03/14/les-officiers-les-plus-fideles-dal-assad/

  2. Ping : Les officiers les plus fidèles d’Al-Assad « contresubversion

  3. Ping : SYRIE : le profil du régime des Assad « annie bannie's Weblog

  4. Ping : SYRIE: Le profil du régime des Assad | annie bannie's Weblog

  5. Nidal dit :

    Il faut être sauvage, lâche ou dépourvu de conscience pour dire ok pour Assad. il faut être lâche pour accepter que les gens en Syrie meurent de fin pendant que Assad et sa famille vivent dans le dénis total pour l’humanité. Il faut être idiot pour ne pas s’opposer à la distraction totale à la Syrie. Pour moi, je préfère de dénoncer ce que Assad fait. s’entêté à garder le pouvoir et utiliser la force de l’armée au lieu de démissionner. Il faut déclenché des élection, des vraies élection et la majorité.

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